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Rabat sous les eaux…

  • 24.02.2017 - 10:24
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Dell Maroc, ou l’art d’éjecter les employés

Un malaise social profond ronge la filiale marocaine du constructeur d’ordinateurs américain Dell, dont les dirigeants veulent se débarrasser d’un coup de plus de deux cent employés sans payer le moindre sous. Comment ? En les fourguant gratuitement à une entreprise de sous-traitance, le tout en toute légalité. RÉCIT.

Une ambiance pesante règne, depuis quelques mois, dans les locaux de Dell Maroc. Visages crispés, regards perdus et l’air abattu, 214 employés vivent une angoisse permanente. La filiale marocaine du constructeur d’ordinateurs américain veut se débarrasser d’eux après l’externalisation de leur service à NTT data Services Morocco, une SARL, immatriculée le 22 juin 2016 et dotée d’un capital énorme de…. 8.000 DH ! Ces «Delliens» – qui ne le seront plus d’ici bientôt – ont d’abord exprimé leur malaise par une «grève à la japonaise». Un geste symbolique et discret qui n’a eu au­cun effet. Puis, il y a eu une manif’ devant le siège casablancais de Dell, situé à Casa­nearhore. «A chaque fois, la direction des RH de Dell Maroc essaie de nous embrouiller avec un jargon juridique difficilement com­préhensible par le commun des mortels», témoigne un salarié qui dit avoir consacré dix ans de sa vie aux services de cette entre­prise. «Quand vous largue de cette manière, c’est vraiment blessant, même si au fond, on s’y attendait un jour ou l’autre», s’insurge un autre faisant allusion à une opération similaire de Dell Maroc remontant à novem­bre 2014. À l’époque, les responsables RH avaient demandé aux opérateurs du service « Gestion de commandes » de signer de nou­veaux contrats de travail avec une nouvelle entité, «Sutherland Grobal Services». Une fois les contrats signés, ils n’allaient plus dépendre de leur employeur initial, mais plutôt du sous-traitant. L’histoire semble se répéter avec un nouveau procédé, plus sub­til et mieux sophistiqué cette fois-ci. Tout a commencé, le 23 Juin 2016, par un simple courrier électronique qui pourrait paraitre an­odine informant les concernés d’un «partage des données personnelles» au groupe NTT Data afin de «faciliter le transfert final de la branche Services de Dell à NTT Data».

Cet e-mail, intransférable, non-copiable et im­possible à imprimer, précise que : «Dans le cas du refus de transfert de ces informations (Nom, prénom, Date de naissance, numéro de badge) préalablement à l’acquisition définitive et à votre transfert merci de bien vouloir acter ce refus en envoyant un par mail (…) dans un délai de 15 jours de la date d’envoi du présent e-mail à savoir avant le 07 juillet 2016». Traduction en termes plus simples : «Après l’accord conclu entre les groupes NTT DATA et Dell, la société Dell Maroc cédera ses services d’informations technologique à NTT Data Services Morroco SARL, et vous avec. Si vous avez une objec­tion, formulez la, sinon on vous expédie avec les meubles». C’est plus le verrouillage du courriel, que «Marocainspartout» a réussi à se procurer, qui a fait tiquer les employés de Dell Maroc. Ils ont ainsi consulté un avocat, grand spécialiste du droit du travail qui les a conseillés de refuser expressément le « transfert». Ce qu’ils ont fait. Une partie de ping-pong s’engage alors entre Dell Maroc et ses employés, qui s’apparente de plus en plus à un interminable épisode de la série américaine «The Good Wife» où les avocats jouent sur les mots et usent de ruses afin de contourner ou pervertir les lois. Après l’e-mail, ceux qui ont refusé d’être vendus ont reçu par la poste une lettre officielle, signée El Motafa Obbade, directeur RH de Dell Maroc. La filiale marocaine du constructeur américain d’ordina­teurs persiste et signe en évoquant l’article 19 du code du travail. «(…) la transaction envis­agée s’analysant comme une cession partielle de fonds de commerce, les contrats de travail afférents au fonds de commerce seront automa­tiquement transférés à la Date définitive de Réal­isation de la Transaction de la Dell Maroc vers la société Data Services Morroco SARL».

«Ainsi votre contrat de travail initialement conclu avec Dell Maroc se poursuivra dans les mêmes con­ditions au sein de Data Services Morroco SARL qui deviendra automatiquement votre nouvel employeur. Ce transfert sera effectif à la Date de Réalisation de la Transaction», assène le re­sponsable des ressources humaines ne laissant planer aucun doute. Dell Maroc veut encore bazarder ses employés. Or, comme l’explique Maître Mohammed Azzedine Benseghir, avocat du collectif de ces salariés dans une réponse à Dell, «(…) les raisonnements développés dans votre lettre de complément du 12 janvier 2017 peuvent être convenables dans le cadre d’une cession de l’ensemble d’un fonds de com­merce, toutefois, la cession du fonds de com­merce, dès qu’elle est partielle, répond quant à elle à un régime et des conditions largement différentes car les risques de fraude et de con­tournement de la législation de travail sont plus importants (plusieurs cas de cession partielle ont été annulés à cause de montage destiné à se débarrasser d’activités peu rentables ou pour contourner les législations sur les licenciements économiques)». A l’heure où nous mettons sous presse, la bataille des experts se poursuit. La Fédération nationale des centres d’appel et des métiers de l’offshoring, affiliée à l’UMT, s’active afin d’obliger Dell à signer un engagement de protection des droits de ses anciens collabora­teurs puisque rien ne garantit que le nouveau repreneur basé à Rabat ne s’empressera pas, une fois le contrat de cession enregistrée auprès du tribunal de commerce de Casablanca, de se débarrasser du personnel racheté au rabais de chez Dell SAS. Les responsables RH de Dell, eux, jouent la montre afin que la tension baisse en maintenant une once d’opacité. Il y a quelques jours, les futurs ex-Delliens se sont vus proposés un arrangement qui finalement ne s’avère pas en être un. La direction de Dell Ma­roc les a invités gentiment – de manière verbale – de rejoindre le jour J, celui du transfert (6 mars 2017), les locaux de la nouvelle entité, fraiche­ment créée en attendant que les experts ne se mettent d’accord. Sauf que s’ils procèdent ainsi, ils acceptent d’être vendus sans conditions ni garantie à NTT data Services Morocco. Au Ma­roc, on reconnait désormais l’innovation Dell en matière de gestion RH.

Rachid Abbar

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