RAMADAN – Marocains d’Abidjan

Abidjan, voyage au cœur des traditions marocaines

Abidjan, voyage au cœur des traditions marocaines Abidjan
  • Marocains partout
  • 29 Juin 2015 - 14:16
  • Samir LOTF (MAP)

REPORTAGE – Le mois béni du Ramadan, tant attendu par les fidèles, revêt une caractéristique singulière en Côte d’Ivoire, plus particulièrement à Abidjan où, ce mois de piété et de recueillement est célébré chaque année, par les membres de la communauté marocaine dans les pures traditions et solidarité ancestrales du Royaume.

L’avènement du mois sacré se veut un événement majeur pour les Marocains établis en terre de la traditionnelle « Akwaba » (Bienvenue en langue Baoulé), qui, à la fois, fiers et fidèles de leur appartenance à un pays aux traditions culturelles et spirituelles millénaires, s’attachent au moindre détail, côté préparatifs, pour que le mois de Ramadan passe dans une ambiance 100 % marocaine. En agissant ainsi, l’ambition de tout un chacun des Marocains de Côte d’Ivoire est de démontrer que l’intégration au sein de la société ivoirienne s’opère aisément et que tout sentiment d’éloignement ou de dépaysement ne relève que de l’imaginaire dans un pays cosmopolite où, le respect « exemplaire » des spécificités intrinsèques à chacune des communautés religieuses et ethniques et la coexistence pacifique entre elles, ne sont plus à démontrer.

Ambiance

Dans les quartiers à forte présence de Marocains, notamment à Treichville (Rue 12), Adjamé, Koumassi, Marcory et autres, l’ambiance ne diffère guère de celle qui marque le mois sacré au Maroc. Les marchés de ces quartiers sont largement approvisionnés. Il en est de même dans les principales rues et artères de ces quartiers résidentiels qui, depuis les premières heures de chaque matinée, connaissent une effervescence remarquable et une agitation inhabituelle, en se transformant, en lieux de négoces, à ciel ouvert, par de jeunes vendeurs qui viennent y étaler une variété de marchandises. Dans ces espaces de commerce, on y trouve absolument tout, ustensiles de cuisine, fruits et légumes, poissons et viandes et autres mets de la cuisine ivoirienne et africaine de quoi faciliter la tâche d’une clientèle aux budgets différents. Ici, il est de coutume, à l’instar des quartiers populaires du Maroc, de débattre des prix et de faire des propositions avant que la transaction ne soit conclue.

Intégration

L’intégration marocaine au sein de la société ivoirienne, accueillante et généreuse, est tellement exemplaire qu’il n’est pas, cependant, étrange de constater aisément qu’à l’heure de la rupture du jeûne à titre d’exemple, parfois marocains et ivoiriens prennent le plaisir de partager de bons moments autour d’une table bien garnie de plats et de délices de la cuisine à la fois marocaine et ivoirienne voire même, africaine. Cette ambiance est souvent l’apanage immédiat de ‘’la simplicité’’, de ‘’la générosité’’ et surtout de ‘’la modestie’’ des Marocains souvent connus par leur ouverture d’esprit, et leur attachement au quotidien, aux préceptes de l’islam modéré et du juste milieu, qui incite à la tolérance, au respect et à l’amour d’autrui et surtout, à la promotion des valeurs de solidarité et d’entraide. Le mois de Ramadan est aussi le moment idoine pour les membres de la communauté marocaine installés à Abidjan de manifester leur solidarité. Ceci dit, le mois béni est l’occasion d’effectuer des transferts de fonds au Maroc, de quoi épauler proches et siens et leur permettre de régler des factures souvent ‘’salées’’ imposées par les besoins exceptionnels du mois. Au Restaurant marocain « L’Oriental », situé dans la Zone 4, l’un des quartiers huppés de la capitale économique ivoirienne, revivre chaque soir cette ambiance ramadanesque à « la marocaine » est possible. Son jeune manager communément appelé « Simou », ne ménage aucun effort pour que les pures traditions marocaines soient respectées dans les règles de l’art, en veillant à mettre à la disposition de ses clients marocains et étrangers un menu très varié et complet proposant des plats copieux allant du couscous royal, aux tajines, méchouis, soupes marocaines, assortiments de salades traditionnelles, le tout souvent servi avec du thé à la menthe et plantes aromatiques soigneusement importées du Maroc.

Restauration

Cet originaire de la ville de Marrakech met les petits plats dans les grands, pour que les traditions d’accueil et d’hospitalité à la manière « Marrakchie » soient traduites dans les faits, le tout dans une ambiance très détendue et conviviale.

Il en est de même au café populaire « Le Bonheur » situé à la Rue 12 à Treichville, géré par une marocaine du nom de « Nora » ou encore au petit restaurant « MC- LA » (nourriture), aménagé non loin, par un jeune marocain, Ahmed. Ces deux petits coins ont tendance à s’ériger en “bonne adresse” pour répondre convenablement aux exigences d’une clientèle et de certains habitués des deux coins en quête de repas de Ftour ou qui viennent, tout simplement, s’approvisionner en mets et spécialités du Bled genre crêpes marocaines, petit pain traditionnel, jus préparés maison et autres. Dans cet élan de mobilisation pour célébrer le Ramadan dans la pure ambiance et traditions marocaines, plusieurs femmes au foyer parmi les marocaines les plus battantes, proposent, sur commande, des mets, des gâteaux de la pure pâtisserie traditionnelle, et des spécialités de la cuisine marocaine soigneusement préparés pour le plaisir des gourmets.

Traditions

En réalité, Ces « militantes » contribuent largement, à travers leur « business », à faire rayonner les traditions culinaires du Maroc et surtout à faire revivre ce retour à la culture et aux us du pays. Durant le Ramadan, l’échange de visites entre familles, amis et proches ne manquent guère chez les Marocains d’Abidjan. Ces derniers prennent le plaisir de se réunir chaque soirée pour rompre collectivement le jeûne, ou la nuit après la prière de « Tarawih », le temps de partager ensemble des moments de joie et de détente, autour d’un verre de thé à la menthe made in Morocco, souvent servi avec fruits secs et des petits fourrés. L’ambiance spirituelle est un autre ingrédient du décor. Après la rupture du jeûne, l’engouement se veut de taille pour les mosquées abidjanaises, à l’instar de la mosquée du Plateau, celle de la Riviera ou encore la mosquée de la Zone 4 où, des Marocains parmi des fidèles à Abidjan et d’autres membres de la communauté musulmane se donnent, automatiquement chaque soir, rendez-vous pour l’accomplissement de la prière.

Symbiose

Loin de ces lieux de culte, l’ambiance est des plus attrayantes, puisque des jeunes et moins jeunes parmi les membres de la communauté marocaine et autres choisissent d’investir en masse les terrasses des cafés et des hôtels, le temps de discuter entre proches et amis moult sujets du genre : planning des vacances d’été au Maroc, visites de familles ou encore, pour engager, tout simplement, des discussions en intellectuels. Tout ceci laisse dire que l’ambiance du Ramadan à Abidjan est particulière et illustre parfaitement la symbiose et surtout ce degré élevé d’intégration de la communauté marocaine au sein d’une société ivoirienne, qui croit à la différence et fait du respect d’autrui, de ses traditions, ses spécificités et ses us, sa devise et le secret de son homogénéité et sa cohésion, mais aussi de sa solidité.

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