Innovation – Portrait

Adnane Remmal, l’homme qui murmure aux microbes

Adnane Remmal, l’homme qui murmure aux microbes Adnane Remmal, récompensé pour son travail de recherche autour des antibiotiques pour bétail.
  • Marocains partout
  • 14 Mai 2015 - 21:39
  • M.L

PORTRAIT Adnane Remmal, professeur en biotechnologie à l’université Sidi Mohamed Ben Abdellah de Fès, est le grand vainqueur de l’édition 2015 du Prix de l’innovation pour l’Afrique.

Le chercheur marocain Adnane Remmal a développé une solution alternative aux antibiotiques destinée au bétail et à la volaille. Ces travaux de recherche qui doivent permettre de réduire les risques sanitaires pour les animaux et les êtres humains lui ont valu le Grand Prix 2015 de l’innovation pour l’Afrique (PIA). Moins d’1,72 m, des yeux bridés cachés derrière des lunettes en métal et une chemise entrouverte comme tenue, Adnane Remmal ressemble à l’ingénieur type qui ne quitte jamais son labo. «Intelligent», «persévérant» et «génial», ce sont les adjectifs qui reviennent le plus souvent dans la bouche de ses proches pour le décrire. Il a tout de l’inventeur visionnaire, du passionné, de l’homme qui en veut toujours plus. Adnane Remmal n’est pas un scientifique comme les autres. Il offre toujours avec enthousiasme, le temps d’une conférence ou d’un débat, sa vision du monde avec humour et pédagogie. Une vision crue, honnête et sans concession des réalités. Dr. Remmal voit en effet le monde d’un œil purement scientifique. Il n’hésite pas ainsi à «dédiaboliser» les microbes. D’ailleurs, dit-il, le corps d’un homme contient plus de microbes et de germes que de cellules humaines. «On est bourré de microbes, mais notre organisme a conclu avec eux un contrat», rassure-t-il car, «seulement une infime et insignifiante partie est pathogène».

Exploit scientifique

Derrière son concept, simple en apparence, il y a une idée longuement mûrie. Toute la communauté scientifique en est aujourd’hui convaincue. De plus en plus de microbes résistent aux antibiotiques. Et les laboratoires pharmaceutiques n’investissent plus comme avant dans la recherche car la fabrications d’antibiotiques et aussi couteuse que celle d’un antidépresseur ou d’une pilule contre l’impuissance.  Or, ces derniers rapportent gros contrairement aux antibiotiques. Et tant que les gouvernements des grandes puissances mondiales ne sentent pas concernés par le problème, qui touchent principalement les pays du Sud, c’est à «nous d’agir», clame Adnane Remmal haut et fort. D’où son idée de trouver une alternative aux antibiotiques. D’années en années, son projet s’étoffa, et, peu à peu, prenait forme. Ce scientifique au regard d’enfant, passionné de poésie, a finalement réussi à mettre au point une composition de molécules phénoliques naturelles présentant des propriétés antimicrobiennes (antibactériennes, antiparasitiques, antifongiques). Pour combattre les organismes infectieux, il s’est servi tout comme Louis Pasteur de microbes.  Sa formule  naturelle et innovante réduit les risques sanitaires pour les animaux et les êtres humains. Cette solution brevetée empêche, en effet, la transmission de germes multi-résistants et d’éventuels agents cancérigènes par le biais de la viande, des œufs et du lait à l’être humain, et ce, sans frais supplémentaires pour les agriculteurs. Sa consécration lors de 4e édition du Prix de l’innovation pour l’Afrique (PIA), organisée les 12 et 13 mai à Skhirat, est amplement méritée.

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