Vie artistique

Aziz Sahmaoui : « La musique grandit dans les rencontres »

Aziz Sahmaoui : « La musique grandit dans les rencontres » Aziz Sahmaoui
  • Marocains partout
  • 28 Octobre 2015 - 12:08
  • Abderrahim Bourkia

INTERVIEW – Le Marocain Aziz Sahmaoui s’est rendu à Leipzig en Allemagne avec son groupe University of Gnawa dans le cadre du « Oktobre Fest » (fête d’octobre). On est parti à la rencontre de cet artiste qui a déjà porté haut le fanion de la culture marocaine à travers ses chansons pleines de vie.

marocainspartout.com : Parle-nous de ton dernier passage en Allemagne ?

Aziz Sahmaoui : C’était une opportunité de jouer avec des grands musiciens réunis autour d’une grande fête musicale. Si vous permettez que je nomme ce passage musical, je vais choisir «l’union de la transe ou la transe en union». Nous avons la transe du rythme et eux, ils ont la transe des cordes et des harmonies. Et cela fait plaisir de les entendre et de les voir reprendre notre répertoire « Maktoube », « Firdaws », « Kahina », « Lawah lawah », « Mazal » et « Miskina ». J’étais vraiment enchanté de les voir m’accueillir et entonner nos morceaux.

Qu’est ce que tu as ressenti ?

J’étais enchanté! C’est un langage entre le classique et le traditionnel. La musique grandit dans ce genre de rencontre. Notre musique était en voyage à Leipzig et elle était habillée autrement grâce à l’orchestre. En fait, la joie et les couleurs étaient en fête.

Et tu peux nous parler de tes derniers déplacements au Maroc ?

J’aime bien y aller, c’est l’occasion d’y voir les familles, les parents et les enfants se rassembler devant la scène dans les festivals. J’avais envie de rentrer dans les maisons des gens et de tous les Marocains présents à Essaouira [festival ayant lieu en juin de chaque année]. Qu’ils écoutent mes chansons et qu’ils sachent que je m’adresse à eux ; et que mes textes, je les ai écrits pour les femmes, les enfants et les hommes de mon pays. Et j’éprouve un plaisir immense à les entendre reprendre notre répertoire « Maktoube » et « Miskina ». J’étais vraiment enchanté. D’autant plus quand je raconte et que je chante une chanson dédiée au public-même.

Comment décris-tu votre relation avec le public ?

Si t’es proche du public, lui est forcément très proche de toi. Et c’est à toi de faire ce pas. Je garde en souvenir des moments inoubliable à chaque passage au Maroc ou ailleurs. Lors d’une de nos prestations à Essaouira, nous nous sommes présentés pour faire la balance – par une belle matinée. Le ciel était bleu et le vent était très doux. Les mouettes volaient au-devant de la scène. On aurait dit qu’elles s’approchaient pour se mettre en osmose avec nos rythmes et nos sons. Le public s’est approché pour nous écouter et nous saluer. C’était presque un avant-goût du concert de la soirée. Je n’ai pas manqué de rendre les salutations à mon tour. Même après, je les ai croisés, en me baladant dans les petites ruelles de la ville qui dégagent par ailleurs une sérénité, une assurance et une sécurité, celle qu’on voit dans les villes et les villages marocains. La ville d’Essaouira a des hommes qui veillent sur elle. Les gens se sentent égaux. Dans les ruelles, vous pouvez aussi croiser des personnalités importantes, des ambassadeurs, des personnalités importantes en mode modeste. Ils essayent de sortir ce qui est bon en eux, tout ça loin des protocoles. Cette diversité sociale est visible, palpable. J’ai beaucoup apprécié les rencontres que j’ai faites. Et le fait de savoir que mes textes sont appréciés m’a vraiment touché.

Et la musique ?

Je me suis senti chez moi et parmi les miens. En fait la musique les interpelle d’abord, et puis s’il y a le texte qui leur parle, cela les attire encore davantage.

Comment observes-tu l’évolution de la scène actuelle au Maroc, surtout la jeune génération des années 2000, qui évolue dans la fusion ?

Il y a du potentiel et du talent ; ça fait plaisir de voir cette scène qui reflète la diversité culturelle marocaine. Il y a des groupes d’influence berbère, andalouse, aissaoui, gnaoui, blues, rock…Il y a tous les styles qu’on peut imaginer. L’électro, le chaâbi, le rai même. Cela, je ne peux que l’applaudir. J’ai constaté toutefois que certains groupes n’avaient pas pu évoluer, rénover leur musique ; ils sont tombés malheureusement dans une routine, ce qui n’est pas toujours bon pour la santé d’un groupe. La musique progresse et les groupes sont dans l’obligation de chercher du sang neuf, des idées et des innovations au niveau du look, des textes et bien sûr de la musique. J’ai remarqué qu’il y avait de jeunes groupes plus enthousiasmés que d’autres, qui cherchent à se renouveler pour ne pas se répéter. Et c’est un très bon signe, très positif. Je ne me fais aucun souci pour la scène marocaine.

Propos recueillis
par Abderrahim Bourkia

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