Vivre en France

Driss El Alaoui : « La France n’est plus le paradis d’antan »

Driss El Alaoui : « La France n’est plus le paradis d’antan »
  • Marocains partout
  • 13 Avril 2016 - 10:17

RENCONTRE Après un deug en physique-chimie à l’Université Cadi Ayad de Marrakech, Driss El Alaoui décide de partir étudier en France. Driss El Alaoui change alors de cap et se spécialise dans la création et le développement de l’entreprise. Installé à Montpellier depuis plus de 30 ans, il a d’abord travaillé dans l’informatique et a dirigé une association spécialisée dans le conseil et l’accompagnement des créateurs d’entreprise.   En parallèle de cette activité, il faisait de l’accompagnement social dans les quartiers prioritaires avant de créer sa propre entreprise Alife Consulting.

 Marocains partout : Tout d’abords parlez-nous de vous ? Et d’Alife Consulting, la société que vous avez créée ?

Driss El Alaoui : Je suis originaire de Marrakech. Je suis installé à Montpellier depuis plus de 30 ans. Je suis un spécialiste du conseil de l’accompagnement des créateurs et des repreneurs d’entreprises et de la formation. C’est un métier que je fais depuis plus de 20 ans. J’ai créé la société Alife Consulting avec mon capital compétences et expériences. Il s’agit d’un cabinet spécialisé dans l’accompagnement personnalisé à la création d’entreprise et dans la formation.

Comment vous y êtes lancé ?

Je dirigeais une association depuis 1995. J’avais un staff de 10 personnes, des consultants et des partenaires. J’y mettais toute mon énergie. En tant que directeur je cherchais des financements, je faisais de l’ingénierie de projets, je développais les partenariats, la formation, les événements…  Créer ma propre société faisait partie de mon projet professionnel. J’ai décidé de quitter l’association que je dirigeais parce qu’il était temps pour moi de me lancer et de concrétiser mon projet personnel. Aujourd’hui, je suis mon propre patron et je dirige une société entouré d’un groupe d’experts et de consultants. Je me concentre sur mon métier, ce qui occupe fort suffisamment mes journées. Puis, je laisse aux spécialistes de l’administratif et des RH le soin de gérer le reste

Comment se sont passés vos premières années ici ?

Après un deug en physique-chimie à l’Université Cadi Ayad de Marrakech, j’ai décidé de venir en France pour continuer mes études supérieures. Au début, je ne pensais pas m’installer, encore moins créer mon entreprise. J’avais plutôt envie de faire des études en génie civil. Puis, j’ai été fasciné par la richesse culturelle, la formation, les cursus universitaires …. Du coup, je me suis inscrit à l’université pour apprendre et comprendre :  la sociologie, la psycho-sociologie, l’économie, les sciences du langage, l’informatique…. J’avais un agenda assez chargé. Je me suis intéresser à la gestion et à l’économie. Et c’est ainsi que j’ai un master 2 spécialisée en création d’entreprise. En même temps, je travaillais bénévolement dans les quartiers où il y’avait beaucoup d’étrangers. J’avais déjà la fibre sociale, donc je me suis dit si je peux contribuer à aider des personnes en difficulté, pourquoi pas ? Du coup grâce à ce travail que j’ai entamé dans les années 80, j’ai pu tisser un énorme réseau. À Montpellier, tout le monde connait Driss El Alaoui.

Quelles sont les grandes difficultés que rencontrent les MRE en France ? Comment se sentent-ils au niveau identitaire ?

Il y’a beaucoup de difficultés et il faudrait beaucoup de temps pour en discuter.  Ce que je constate régulièrement c’est le problème d’identification. Certains MRE ont du mal à trouver leur place dans la société française et puis ils ne connaissent pas trop la culture Marocaine.. Même ceux qui sont nés et qui ont grandis ici ressentent un certain malaise. Les parents ont leur part de responsabilité car ils n’ont réussi à marquer ce lien et cette transmission de culture. Même s’ils passent les vacances au Maroc, ils n’ont pas le temps de s’imprégner de la culture, des mœurs … tout reste superficiel. Puis la société Française n’a pas réussi sa politique d’intégration, d’insertion et de lutte contre le racisme. Il faut qu’il y ait des efforts des deux côtés. Certains MRE ne font pas même l’effort de dire : « j’appartiens à une république laïque, qui a des principes et des lois, alors j’ai décidé aujourd’hui de rester en France et je vais donc respecter ces règles… ». Il y’a une espèce de résistance à la culture française et en même temps ils ne veulent pas s’identifier à celle du pays d’origine. C’est un peu compliqué. D’où le rôle que doivent jouer les associations qui accompagnent ces gens en difficulté. Et ce n’est guère suffisant dans la mesure où certaines associations ne disposent pas de compétences et de savoirs nécessaires pour faire cet accompagnement.

Avez-vous un conseil à donner aux Marocains installés en France et qui veulent y mener une carrière ?

Poursuivre ses études en France, y avoir une formation, ceci ne pose pas de problèmes. Mais y faire carrière, c’est un peu compliqué. La France d’aujourd’hui n’est plus la France des années 80. Il y’a eu un changement radical : la situation économique est difficile, le chômage est en hausse, l’activité industrielle est au ralenti. Bref, c’est devenu compliqué. Je pense qu’il faut qu’ils réfléchissent, avant d’opter pour la France comme pays d’accueil où ils peuvent faire carrière. Je me souviens d’une époque où au Maroc, il n’y avait pas assez d’écoles ni assez d’offres de formations. Actuellement, je constate que ce n’est plus le cas et qu’il y’a énormément d’écoles, d’instituts, bref une diversité dans l’offre de formation. Il y a des masters, des écoles d’ingénieurs, des instituts de formations … Étudier en France coute cher, car il faut étudier et en même temps subvenir aux besoins du quotidien. Il est difficile d’allier travail et formation vu que les chances de trouver un job sont rares. À mon avis, ceux qui veulent étudier en France doivent avant tout comparer l’offre de formation en France avec celle du Maroc. Généralement, c’est plus facile de faire un bac +3, un bac +4 ou encore un Master avec une spécialité car la durée est courte que de réaliser toutes ses études dans l’Hexagone.

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