Interview exclusif

Fouad Ahidar : «Nos jeunes se sentent exclus…»

Fouad Ahidar : «Nos jeunes se sentent exclus…»
  • Marocains partout
  • 06 Août 2016 - 14:45
  • Rédaction (Bruxelles)

INTERVIEW – Le décès, le 30 juillet, du jeune belge Ramzi Mohamad Kaddouri, dans un accident de quad au Maroc a entraîné un torrent de haine. Un déluge de xénophobie qui a provoqué l’indignation générale. Comment la Belgique en est-elle arrivée là ? Afin d’y voir plus clair, Fouad Ahidar, premier vice-président du parlement de la région de Bruxelles capitale, a accepté de nous livrer son éclairage.

Marocainspartout : Comment vous êtes senti après le déferlement raciste suite au décès tragique du jeune Mohammad Kaddouri ?

Fouad Ahidar : Très triste, révolté et choqué. Le racisme décomplexé auquel nous faisons face aujourd’hui n’a plus de limite. C’est une chose que d’avoir des aprioris sur ces compatriotes d’origine étrangère, ça en est une autre de ne pas respecter la mort d’un gamin de 15 ans. Pour le premier cas, on peut encore essayer de faire quelque chose, pour le second, ces gens sont une peine perdue.

Que cache ce lynchage ignoble sur les réseaux sociaux ?

Au-delà d’une haine qui n’a plus de complexe, c’est aussi l’image d’une société qui vit un profond malaise. L’actualité et les événements de cette année n’ont pas amélioré les choses. Aujourd’hui, vous haïssez votre voisin d’une autre couleur de peau et l’exprimer sur les réseaux sociaux sans y être inquiété, au contraire. Vos propos seront confortés et soutenus.

Auparavant, ceux qui proféraient des propos racistes sur le net se cachaient derrière des pseudos. Ce n’est plus le cas aujourd’hui, le racisme s’est à ce point banalisé ?

Je pense en effet que le racisme s’est banalisé. Le fait de ne plus se cacher derrière des pseudos n’est pas le plus grave pour moi. Qu’une personne ne dise pas ce qu’elle pense réellement ou se cache derrière un pseudo ne change rien à ce qu’elle ressent et à toute la haine qu’elle peut contenir en elle. Le plus grave est, selon moi, le résultat auquel nous sommes arrivés aujourd’hui. Autant de haine venant de personnes ne sachant pas faire la part des choses et se confortant dans des préjugés, nos états qui ne prennent pas les bonnes mesures pour y remédier, la presse qui favorise cette peur et joue sur la vague et sur cette actualité internationale qui ne facilite pas les choses aux musulmans, en cela réside mes réelles craintes.

Les Marocains de Belgique sentent-ils aujourd’hui un malaise de vivre de ce pays ?

Je ne parlerais pas pour la majorité des marocains vivants en Belgique mais pour certains oui. Nous avons effectivement constaté cette année une montée d’actes et d’agressions islamophobes. De plus en plus de jeunes se sentent exclus de la société. Ils sont fatigués d’être constamment victimes de discrimination, d’avoir à se justifier sur les actes que d’autres barbares exécutent à l’autre bout de la terre. Ils ne supportent plus d’être vus comme « l’étranger » alors qu’ils sont là depuis plus de quatre générations.

D’où vient cette islamophobie qui ne cesse actuellement de monter en Europe, y compris en Belgique ?

Elle vient dans un premier temps d’une méconnaissance de l’islam et d’une méconnaissance de l’autre. Ensuite, il est vrai que les musulmans ont commencé à se sentir pointé du doigt au lendemain du 11 septembre. Mais depuis Daech et tous ces massacres commis au nom de cette religion de paix, l’islamophobie ne prend que de plus en plus d’ampleur.

 Qu’est-ce qu’il faut faire pour lutter contre l’islamophobie ?

Continuer à faire ce que l’on fait depuis des années. S’ouvrir à l’autre, ouvrir nos maisons, nos portes, nos mosquées, nos associations pour que nos concitoyens puissent échanger sur leur incompréhension et découvrir notre si belle religion. Mais les médias ont également leur rôle dans cette lutte contre l’islamophobie. Nous avons besoin d’eux pour cesser de créer des amalgames et distinguer les termes « terroristes » et « musulmans ».

Les Marocains sont connus pour être les mieux intégrés. Croyez-vous qu’ils puissent jouer un rôle dans la propagation de l’Islam ouvert et modéré ?

Bien sûr !  Non pas seulement parce qu’ils sont les mieux intégrés mais aussi parce qu’ils constituent la première communauté musulmane présente en Belgique. Tout citoyen de confession musulmane a son rôle à jouer dans cette propagation d’un islam ouvert et tolérant. De plus, les marocains sont présents à tous les niveaux de la société et ils ont un message de paix à faire passer à leur concitoyen. Autant de fois que des inconscients essaieront de briser les liens qui unissent la société belge, nous serons là pour les recréer et les renforcer. Le tout est de continuer et de ne jamais baisser les bras.

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