R&D – Portrait

Jamal Tazi, l’homme qui veut vaincre le VIH

Jamal Tazi, l’homme qui veut vaincre le VIH Jamal Tazi.
  • Marocains partout
  • 11 Mai 2015 - 10:41
  • Rédaction (Paris)

PORTRAIT Le laboratoire de recherche fondé par ce professeur marocain, spécialiste en génomique fonctionnelle, a développé une nouvelle molécule capable de paralyser le VIH chez les personnes infectées.

A 55 ans, Jamal Tazi, le regard pétillant derrière ses lunettes rectangulaires est un passionné de boulot. Il est avant tout un scientifique et n’a rien du start-uper affûté. Pourtant, ce chercheur marocain, professeur à l’Institut de génétique moléculaire de Montpellier, unité de recherche mixte du CNRS, est l’heureux fondateur du laboratoire Splicos Therapeutics, une entreprise innovante spécialisée dans la recherche et développement qui a le vent en poupe. Son équipe a, en effet, développé, une nouvelle molécule antivirale contre le VIH. Il s’agit d’une molécule qui, dans les études sur des modèles animaux, ne provoque pas de résistances et induit une diminution prolongée de la charge virale, même après l’arrêt du traitement. Elle interfère avec la biogenèse des ARN (l’acide ribonucléique) viraux, qui sont indispensables à la réplication du VIH. En termes plus simples, cet antiviral, portant le nom de code ABX464, permet de paralyser le virus chez les personnes infectées.

Révolution

Un procédé révolutionnaire qui permet, comme l’explique Jamal Tazi d’ôter au virus du SIDA ses armes afin de le neutraliser : «Pour empêcher un envahisseur de nuire, on peut soit le tuer, soit lui enlever ses armes. Cette molécule enlève les armes du virus du VIH. Donc notre molécule s’attaque à cette étape une fois que le virus est déjà installé dans l’organisme». Lors des essais précliniques en Europe, la molécule, issue des travaux de recherche de Splicos, a effectivement prouvé sa capacité à induire une baisse significative de la charge virale qui persiste plusieurs semaines. Abivax, née en décembre 2013 de la fusion de trois entreprises de biotechnologies dont Splicos, lancera plusieurs études de phase, notamment en Asie sur 250 à 300 patients avant la fin de l’année 2015. Si les résultats se confirment au stade clinique, cette molécule ouvrirait la voie à un véritable traitement contre le SIDA.

Ascension

Il y a de quoi être optimiste surtout que le labo de Jamal Tazi s’est déjà illustré à plusieurs reprises par des découvertes importantes permettant de comprendre des mécanismes fondamentaux des gènes et ce qu’ils produisent. Des découvertes qui trouvent aujourd’hui leur application dans le domaine médical par le développement d’une nouvelle thérapie basée sur l’utilisation de petites molécules chimiques pour lutter contre les infections virales et pour corriger des anomalies d’expression génique à l’origine de cancers métastatiques.

Costume, pantalon et chemise blanche, Jamal Tazi est toujours à l’aise dans les locaux de l’université de Montpellier. C’est son «bercail». D’ailleurs, il ne fait pas deux pas sans échanger quelques mots avec d’autres professeurs ou responsables. En 1981, lorsque débarque en France, il s’y était inscrit comme étudiant. Il est devenu maintenant professeur et directeur de recherche à l’Institut de Génétique Moléculaire de Montpellier (CNRS-Université), C/O directeur du pôle Rabelais «Biologie Santé» et membre senior de l’Institut Universitaire de France. La vie de ce MRE, hors du commun, s’apparente à une voie directe qui se résume en trois verbes : j’apprends, je travaille, je réussis…

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