Enquête

L’insoutenable insécurité des agents de sécurité

L’insoutenable insécurité des agents de sécurité
  • Marocains partout
  • 28 Juillet 2016 - 10:12
  • Hala El Bouziri

Mohamed, un R’bati de 45 ans, bosse jour et nuit comme agent de sécurité dans une grande résidence à la périphérie de la capitale. Muni d’une torche, il veille à la sécurité des habitants de ce complexe résidentiel. Pourtant, lui, il ne se sent guère en sécurité. Cet homme, marié et bientôt futur papa, ne possède ni CNSS, ni retraite. Comme s’il était un simple gardien de voitures alors que sur son uniforme, on voit distinctement le logo d’une grande enseigne de la place spécialisée dans la sécurité. Le grand paradoxe. En effet, en contournant la loi, les dirigeants de la boite parviennent à le priver de ses droits tout simplement. Contrat à durée déterminée renouvelable à souhait, ils s’offrent ainsi une main d’œuvre corvéable à merci. Ces agents de sécurité bossent même les jours fériés sans aucune compensation, ni indemnisation. Ainsi va le monde de la sécurité au Maroc. Un business florissant. Ces sociétés offrent aussi une panoplie de services comme la maintenance ou encore la propreté.

Toujours avec le même concept : des salaires de misère, des journées de travail interminables avec le moindre coût possible quitte à gratter sur les cotisations sociales. Il y a plusieurs astuces comme déclarer un minimum de jours travaillés, nous révèle un chargé de compta. Tout cela donc en toute légalité ou presque… En effet, un grand nombre d’agents se voient obligés de bosser plus de douze heures par jour. Or, la loi stipule qu’une journée de travail ne peut excéder dix heures ouvrables, dont une heure de pause déj’ incluse. Le pire, c’est que même le matériel de travail est payé par l’agent, y compris l’uniforme dont le prix est soustrait de la paie durant les premiers mois. Même les chiens de garde et leur nourriture sont souvent à la charge du salarié. Comment ces sociétés qui poussent comme des champignons ont réussi ces exploits ? Tout simplement en interdisant – de manière officieuse mais solennelle – les syndicats. «Il y a eu quelques tentatives pour syndicaliser les employés de ces entreprises, mais hélas elles ont toutes étaient étouffées dans l’œuf», déplore un responsable de l’UMT. Dans le monde fantastique de la sécurité au Maroc, il n’y a qu’une association et elle regroupe… des chefs d’entreprises. Que font-ils ? Ils défendent leurs intérêts contre la concurrence qu’ils qualifient de tous les maux. Avec l’armée d’agents qui les entourent, ne se sentent-ils pas en sécurité ?

 

 

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