Média – Portrait

Rajaa Kantaoui, le fabuleux destin d’une communicante

Rajaa Kantaoui, le fabuleux destin d’une communicante Rajaa Kantaoui
  • Marocains partout
  • 23 Juin 2015 - 00:50
  • Meriem Lyoussoufi

PORTRAIT Spécialiste en communication stratégique et marketing d’image en crise, Rajaa Kantaoui ne cesse de faire parler d’elle. Ses facettes sont multiples, son parcours époustouflant. Ecrivaine, autodidacte, peintre amateur, polyglotte, elle manie le verbe, la plume et le mot en toute aisance.

Lorsqu’on l’interroge sur sa sentence dans la vie, elle nous berce d’un regard espiègle qui révèle une férue de la pensée Nietzschéenne, « Il faut qu’il y ait un chaos pour que danse une étoile » dit-elle en nous proposant un café.  Spécialiste en communication stratégique et marketing d’image en crise, Rajaa Kantaoui ne cesse de faire parler d’elle. Ses facettes sont multiples, son parcours époustouflant. Ecrivaine, autodidacte, peintre amateur, polyglotte, elle manie le verbe, la plume et le mot en toute aisance. Sa détermination apparente, sa sensibilité à fleur de peau, son asthénie devant la médiocrité, sa fragilité devant la condition humaine, font d’elle un personnage doté d’un aura désarmante. Tantôt percutante, tantôt déstabilisatrice, ses réflexions font d’elle une communicatrice hors pair. A peine 34 ans, Rajaa Kantaoui joue dans la cour des grands avec élégance et ardeur. Son parcours en dit long sur la vision qu’elle dresse pour sa carrière. Occupant actuellement le poste de Corporate Communication Manager chez la filiale marocaine du mastodonte anglais Imperial Tobacco, Rajaa Kantaoui a cumulé plusieurs expériences dans des groupes nationaux de grande envergure. Du haut de son 1,59 m, sourire pulpeux et regard souriant, cette boule d’énergie se livre à nous avec grâce et générosité. Qui est donc ce bout de femme qui joue avec les contrastes de la vie et perce les cieux en toute force et persévérance ? Cryptage d’une rencontre qui ne laisse pas indifférent.

Aventurière forgée à l’ombre d’un père navigateur

 Originaire de la ville blanche, Casablanca, Rajaa fut très tôt impressionné par le métier de son père. Capitaine de bateau à la marine, elle se nourrissait de ses contes, ses visions et expériences. Le sens de l’aventure l’habitat peu à peu. Elle puise dans son intonation du récit, dans son silence, elle rêvasse. « Mon père m’a inculqué l’art de construire mon univers, à la fois singulier et explorateur, l’aventure ne m’a jamais fait peur, ni le lendemain » dit-elle.  Ainée de ses deux frères, elle se distingue très vite par ses activités parallèles. La lecture était son premier refuge. Puis la peinture et l’écriture. « Mes premiers gribouillis ressemblaient plus à des contes d’Agatha Christie ou les aventures de Tintin » éclate-t-elle en poursuivant, « La guerre du Golfe a éclaté et c’est là où j’ai découvert mes talents de journaliste. Je m’asseyais devant le miroir pour répéter à la lettre les répliques des correspondants de guerre. A 11 ans, je savais ce que je voulais devenir, une Journaliste Reporter d’Image. Mes parents en voulaient autrement, il fallait que j’obtienne mon Baccalauréat scientifique pour pouvoir me lancer dans les études que je veux ». Le mariage s’en est suivi, elle en fait un enfant, mais la maternité n’a pas avorté ses espérances. Elle se retrouva titulaire d’une licence en communication stratégique aux USA et d’un Master en Marketing et Management à Grenoble

Un parcours corsé et engagé

 Rajaa Kantaoui a donc commencé sa carrière en 2000, après avoir obtenu sa Licence en science de l’information et communication où elle a exercé en tant que journaliste d’investigation au 1er quotidien francophone « Le Matin du Sahara ». Des enquêtes ont vu le jour sous sa plume, comme celle où elle s’est faite passer pour une prostituée pour démystifier un réseau de recrutement, ou encore celle d’une mendiante. Son enquête sur l’avortement en 2005 l’avait mise en devant de la scène lorsqu’elle s’est faite passer pour une jeune maman qui veut se faire avorter clandestinement et piéger 10 médecins gynécologues. Sans oublier ses autres reportages qui faisaient les Unes du journal. Par la suite, Rajaa a travaillé pour le compte de plusieurs chaines de télévisions locales et étrangères : 2M, RTM, LBC Channel, SVT Channel et Al Jazeera. En 2008, elle participe, en tant que membre de l’observatoire des élections, à la campagne électorale du président Obama (région MENA). En 2009, après avoir achevé sa formation en communication politique aux Etats Unis (Wisconsin), elle change de vocation et crée son branding agency, la première au Maroc en terme de gestion de marque. Depuis, elle a occupé plusieurs postes de consultante en communication sensible et corporate pour plusieurs organismes opérant au Maroc, en Suède, aux Etats-Unis et au Qatar. « Rik’s Concept était pour moi comme un second bébé que j’ai porté et nourrit d’espérance. La crise a pointé son nez et j’ai vu les budgets de mes clients se réduire jusqu’à l’anéantissement. J’avais 28 ans, je devais me repositionner rapidement, agir et faire des choix décisifs pour ma carrière ». En Novembre 2011, à la veille des élections électorales, Rajaa rejoint le géant groupe Mutandis, dirigé par l’ex ministre de tourisme Adil Douiri, depuis elle occupa des postes en communication ciblée, stratégique et de relations publiques dans des fonds d’investissement et entreprises de grande envergure au Maroc.  Fascinée par la politique, elle ne cesse d’en faire son cheval de bataille. Apres sa thèse de fin d’étude, son premier et prochain ouvrage fera un spoting sur la scène politique actuelle. « Je suis une apolitique endurcie ». Ricane-t-elle en poursuivant, « En regard de la conjoncture actuelle, s’affilier à un parti politique ne me tente pas. J’ai toujours exercé mon droit de vote en votant blanc. Les idéologies des partis actuellement présents sur la scène politique ne me conviennent pas. Je préfère m’abstenir et me contenter de servir mes causes à travers les actions sociales ou associatives. Ma casquette de journaliste, en début de carrière m’a permis d’aborder plusieurs sujets et révéler des tabous. Ce fut le début de mon implication sociétale » déclare-t-elle. Et de continuer, « La politique m’a toujours impressionné, j’ai eu la chance de travailler avec des politiciens, des décideurs de la scène politique marocaine et des technocrates qui m’ont beaucoup appris. Diplomatie oblige, j’ai appris à m’adapter et forger des discours institutionnels adéquat. Mes études et mes expériences en communication stratégiques et en marketing m’ont aidé à concevoir la communication stratégique d’un autre angle. Celui d’un lobbying constructif». Affirme-t-elle. «Nous avons besoin de rétablir la confiance envers les décideurs politiques. Je peux comprendre que certains choix peuvent être plus diplomatiques qu’autre chose, mais la jeunesse, les acteurs sociaux, les citoyens ont besoin d’une ouïe bien développée. Ecouter sans agir, ne veut absolument rien dire à mon sens. C’est comme si on remplissait un tonneau de danaïdes. Nous le remplissons de promesses sans faire attention au fond troué qui le desserve. Le discours vide qui s’amplifie est un autre son de cloche, sous notre ciel, on le pratique à tort et à travers. Je ne le prône pas, je préfère agir à mon échelle plutôt que de m’inscrire dans des actions gigantesques qui font plus de bruit que d’effet ».

L’humain d’abord 

Dotée d’une expérience professionnelle assez remarquable en stratégie de marques et communication de crises. Ses talents de polyglotte lui confèrent une très bonne aura. Membre de Young Women Leaders Academy, lancé dans le cadre du National Democratic Institute initié par Madeleine K. Albright. Rajaa Kantaoui ne lésine pas en matière d’engagement envers la société civile. Membre du Rotary, elle s’est vu réaliser des actions pour des enfants de villages lointains, des caravanes, des acheminements de denrées, des cours d’apprentissage, des ateliers de dessins, des club de lecture. Actuellement elle se bat auprès de l’association Reins présidée par le Professeur Amal Bourquia, pour le don et la greffe des organes. « Donner un organe après sa mort ou de son vécu, dépasse les limites de la générosité. J’ignore si les marocains sont hésitants ou mal informés, mais en matière de don d’organes, les chiffres parlent d’eux même. De 2012 à 2014 par exemple, seulement 125 reins ont été transplantés alors qu’il existe un million de malades touchées par l’insuffisance rénale. Est-ce un tabou ou une peur de la mort ? La pratique en dit long sur la mentalité du citoyen marocain. Pour moi, l’être et le néant sont identiques, ils sont fusion et amour, la vie et la mort sont d’une complémentarité inouïe, en dépit de leur ambivalente contradiction. Tout ce qui est vide est plénitude, y compris la naissance et la mort» En effet, une pétition lancée par l’association Reins, en vue d’initier un débat national sur le don et la greffe d’organes, nourrit depuis des mois, le débat de l’opinion publique. Une action pionnière au niveau du tribunal de 1ère instance de Casablanca a été organisé au mois d’Avril, Rajaa a fait partie des premiers signataires du registre de don d’organes. « Lorsqu’on donne, on ne compte pas et on ne choisit pas, c’est presque inné croyez moi. Déjà toute petite, je me souviens de ces colonies de vacances ou je me portais volontaire pour aider des démunis, ce fut un jeu pour moi. Plutard, lorsque j’ai intégré le Rotary Club, j’ai porté le projet d’un livre audio pour enfant malvoyants. L’idée était de raconter des contes et puis les enregistrer afin que ces enfants puissent les écouter en boucle. Visualiser des paysages à travers une narration douce et compréhensive » conclut-elle. Le Maroc est pour elle, cet amour d’enfance. « Mais comme tout amour, il y a des attentes et puis des déceptions, s’en suivent des incompréhensions, des silences, des révoltes et puis des corrections. J’essaye de travailler à mon échelle sur plusieurs fronts. Je porte beaucoup d’ambitions, des projets de développement durable et de RSE. Je porte l’Humain dans mon cœur comme priorité, c’est l’unique aspect qui régit toutes mes motivations » argue Rajaa Kantaoui et concluant « Le Maroc fleurira… ».

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