Reportage

« Ramadan rush » dans les boutiques de luxe londonienne

« Ramadan rush » dans les boutiques de luxe londonienne « Ramadan rush »
  • Marocains partout
  • 18 Juin 2015 - 13:15
  • AFP

Devant un grand magasin de Londres, de jeunes Arabes font vrombir les moteurs tonitruants de leurs puissantes voitures de sport. A l’approche du ramadan, les boutiques de luxe de la ville sont prises d’assaut par la très riche clientèle moyen-orientale. Le phénomène est connu sous le nom de « ramadan rush », littéralement la « ruée du ramadan », et correspond à un afflux massif de touristes arabes quelques semaines avant, et après, le mois du jeûne musulman, qui commence ce jeudi. « C’est une expérience prestigieuse », décrit Fahad al-Ajmi, un Koweïtien de 32 ans. Londres est « l’endroit idéal pour étaler sa richesse, ses voitures et vêtements de luxe. Si vous cherchez un endroit pour être vu, Londres c’est le lieu où on trouve tous les Arabes ». « Et ça peut paraître complètement fou mais je connais même des Koweïtiens qui empruntent juste pour venir à Londres et se montrer », dit-il. Dans le classement des nationalités les plus dépensières, les Qataris arrivent en tête avec en moyenne 1.432 livres (1.992 euros) par transaction, suivis par les touristes venant des Émirats arabes unis (1.120 livres), selon Global Blue, une société spécialisée dans le remboursement de TVA.

A marquer dans le calendrier

Pour répondre à cette riche clientèle, grands magasins et enseignes de luxe se sont adaptés, ajustant leurs techniques de vente et leurs horaires. Chez Selfridges par exemple, pionnier des grands magasins londoniens, le personnel a été spécialement formé pour servir la clientèle arabe, alors qu’à cette période de l’année les femmes en hijab (voile) sont presque plus nombreuses que les autres clientes. Global Blue, une des entreprises dispensant ce type de formations, propose une liste de recommandations à suivre pour éviter de froisser ces touristes fortunés, comme parler à l’homme le plus âgé lorsqu’on s’adresse à un groupe, ou éviter de faire le geste du pouce levé, interprété comme obscène dans certains pays arabes. Selon cette société, les clients du Moyen-Orient sont ceux qui dépensent le plus en Grande-Bretagne, et représentent, depuis le début de l’année, 32% du total des dépenses internationales, le Koweït, l’Arabie Saoudite, le Qatar et les EAU occupant quatre des cinq premières places.

Comme à Noël

« A l’instar des soldes de janvier et du rush de Noël, les visiteurs du Moyen-Orient font maintenant partie du calendrier pour de nombreuses marques de luxe », souligne Dave Hobday, directeur général de Worldpay Royaume-Uni, une société de traitement des paiements. Il faut dire que Londres a tout pour plaire à la clientèle moyen-orientale: la ville est facile d’accès, jouit d’un climat tempéré et entretient des liens historiques avec les pays du Golfe, dont certains sont d’anciens protectorats britanniques.

Aubaine pour les « carparazzi »

Les ressortissants de ces pays viennent depuis des décennies dans la capitale britannique, faire du shopping, mais aussi étudier, recevoir des soins ou investir, le plus souvent dans le marché immobilier. « Nous connaissons et apprécions les Anglais. Même leur nourriture », dit, pour partie en plaisantant, Khaled Abdullah Ghanem, un touriste koweïtien de 42 ans, selon qui la Grande-Bretagne est globalement plus accueillante envers les Arabes que la France ou les États-Unis. Le ramadan profite également aux loueurs de voitures de luxe, ainsi qu’aux entreprises assurant le convoyage de véhicules, et assister à un défilé de jeunes Arabes au volant de coûteuses Ferrari ou Lamborghini immatriculées dans les pays du Golfe est devenue chose courante dans certains quartiers londoniens. De quoi ravir les « carparazzi », ces passionnés qui traquent les voitures de sport autour de grands magasins pour prendre photos et vidéos qu’ils partageront ensuite sur les réseaux sociaux. Certains Arabes nettement moins fortunés tentent aussi, tant bien que mal, de profiter du « ramadan rush ». A un café près de Selfridges, un mendiant d’origine irakienne passe de table en table, en demandant, la main tendue, aux clients s’ils parlent arabe.

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