Interview

Selim Sami : « Alchimix est un métissage musical »

Selim Sami : « Alchimix est un métissage musical »
  • Marocains partout
  • 14 Avril 2016 - 11:39

Alchimix, c’est une musique contemporaine d’inspiration traditionnelle qui se trouve au carrefour entre l’Afrique et l’Asie. Un style propre au groupe et une véritable création que l’on ne peut pas catégoriser. Selim Sami nous offre la synthèse de ce que c’est qu’Alchimix. RENCONTRE.

 Marocainspartout : À quand remonte ton histoire avec la musique ?

 Selim Sami : A l’enfance. Quand j’étais gosse, il y avait une guitare folk appartenant à mon père posée dans le coin du salon. Elle faisait partie du décor de notre maison et sortait de son coin lorsque nous avions à la nettoyer. C’était une série de 1979 de la marque Yamaha. Je n’avais jamais osé y jouer de peur de la casser. Cette guitare me fascinait. Petit à petit, je me suis intéressé à la musique.

Quand as-tu commencé à jouer de la musique ?

 C’est à l’âge de 12 ans, en observant mon frère aîné apprendre ses premiers morceaux à la guitare. J’ai demandé à mon père de m’apprendre un morceau aussi. Son choix s’est porté sur un morceau bien connu d’IDIR : A vava inouva. Depuis ce jour, je me suis pris de passion pour cet instrument et j’ai demandé à mon père de m’inscrire au conservatoire de Casablanca où j’y ai pratiqué la guitare classique durant cinq années. A cette époque, hormis les morceaux classiques que j’apprenais au conservatoire, je jouais du Bob Dylan, Eric Clapton, ou encore Cat Stevens, Jack Johnson et Ben Harper afin d’impressionner les filles !

 Raconte-nous un peu tes débuts dans le monde artistique…

Après avoir obtenu mon baccalauréat au Maroc, j’ai choisi de poursuivre des études supérieures en France. C’est là que j’ai commencé à écouter de la musique traditionnelle marocaine. Le paradoxe étant qu’au Maroc je n’y prêtais pas attention. Mon père m’avait pourtant initié à Jil Jilala dont j’écoutais le même album depuis des années. Et pour ce qui est de la musique arabe, nous écoutions principalement Marcel Khalifa et Ziad El Rahbani. Ce n’était donc pas un retour aux sources nostalgiques mais plutôt un découverte des sources ! C’est en écoutant une chanson du répertoire Gnawa sur internet, quelques mois après mon arrivée en France, que je me suis vraiment intéressé à la musique traditionnelle marocaine et celle du monde. Quant à mon apprentissage de la musique Gnawa, je fais partie de cette génération qui s’est initié grâce à Youtube et aux albums que l’on trouvait sur les marchés de Casablanca. Ce n’était pas une mince affaire que d’apprendre le Guembri seul ! Lorsque je retournais en vacances voir mes parents, j’achetais des albums de Gnawa (notamment ceux du Maalem Hmida Boussou, que dieu ait son âme) et j’apprenais les morceaux note par note ! Le bouton « pause » de ma chaîne de l’époque ne ressemblait plus à rien au bout de quelques semaines… Je peux dire aujourd’hui que se fut un véritable tournant que d’apprendre le Guembri et ses chants. Il m’a fallu visiter mes racines, les comprendre, les entendre puis les chanter. J’ai donc joué seul durant près de quatre années, tout en continuant la pratique de la guitare, avant de rencontrer des musiciens sur Montpellier qui m’ont encouragé à m’y lancer ! C’est en 2012 que j’ai commencé mes premières scènes avec mes premiers groupes. D’abord avec Argane Fusion (un groupe de Raggae, Andalou, Gnawa) puis avec Walid Ben Selim (un trio de guembri, kora et voix avec les deux membres actuelles de N3rdistan). C’était une révélation pour moi puisqu’en l’espace de quelques mois je suis passé du musicien du dimanche jouant dans sa chambre d’étudiant à un artiste qui se produit sur scène entouré de musiciens professionnels. C’était délirant !

Alchimix

Parle-nous de ton groupe actuel ?

 C’est à cette période que j’ai rencontré Théo Poizat, percussionniste et joueur de Hang et de Guimbarde. Nous nous retrouvions de temps en temps pour partager des moments de musique mais à l’époque nous n’avions pas vraiment envisagé de jouer ensemble et pourtant… ! Le mélange des sonorités entre Hang et Guembri était tout bonnement incroyable ! Au cours de l’année 2014, Théo Poizat me proposa de rencontrer un musicien qu’il connaissait et qui faisait partie du BeatBox Human, Roland Caberty dont le nom de scène est Mic Lee. Il avait en tête de former un trio original entre Guembri, Hang, guimbarde et BeatBox Human. Notre première rencontre fut révélatrice et venait confirmer les intuitions et les espérances que Théo avait placées dans notre métissage musical ! Tout ce que nous jouions fonctionnait et nous entendions bien qu’au fur et à mesure de nos rencontres improvisées nous créions un style unique. L’alchimie était en route ! Alchimix était né. Nous avions les fréquences basses du Guembri, les envolées mélodiques et percussives du Hang et les rythmes explosifs du BeatBox Human. D’autre part, cette alchimie, nous l’entretenions déjà tous trois dans nos racines. Alors que nous découvrions nos instruments de musique respectifs, nous constations que nous étions tous trois issus d’un métissage. Issu, pour chacun de nous, de deux terres, nous espérons, à travers notre musique, transmettre qu’il ne s’agit pas de choisir entre une terre et une autre. Il nous appartient de créer une troisième voie(x), une troisième terre, un troisième chemin que la rencontre du  Guembri, du Hang et du BeatBox Human nous laisse entrevoir. Et l’aventure Alchimix ne fait que commencer !

Quels sont vos influences ? Les thèmes et sujets abordés ?

 Grâce aux voyages et aux rencontres musicales que nous faisons, le groupe s’est ouvert aux musiciens de différents horizons comme avec Julien Moretto (violoniste), Mozaika (chanteuse et danseuse), Adil Smaili (chanteur), Taras (bassiste), Théophile Vialy (guitariste) et bien d’autres. C’est en voyant la richesse du métissage musical qu’apportaient ces nouvelles collaborations que nous avons opté, tous ensemble, d’appeler ce projet collectif : « Alchimix ». Nos influences sont donc à l’image de la diversité des musiciens et des instruments. Nous essayons néanmoins de marier les trois couleurs musicales que sont la musique traditionnelle, le hiphop et la musique électronique. C’est l’idée que nous nous faisons de la fusion, à savoir, non pas  de mélanger nos influences en les superposant, mais plutôt d’en tirer une nouvelle essence musicale !

Quels sont vos projets ? 

Nous comptons préparer un EP de quelques pistes pour présenter Alchimix et ainsi récolter des fonds pour enregistrer un album complet de ce collectif original. Actuellement, Alchimix sera en tournée en Inde, dans la région de Goa, et prépare une tournée en France durant l’été 2016. Vous pourrez trouver prochainement les dates de concert sur le Facebook d’Alchimix.

Propos recueillis

par Abderrahim Bourkia

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